Il n’est pas un mystère d’affirmer que je suis plus proche de Québec Solidaire que du Parti Québécois. Cependant comme le Parti Socialiste français qui vire à droite depuis des années, le PQ ne manque pas de militants et d’élus sincères, de personnes voulant se battre pour rappeler au parti sa ligne originelle. Surtout, le PQ reste LE mouvement indépendantiste aux yeux des médias, comme le PS est LA gauche médiatique en France, quand bien même leurs politiques nationales ne sont ni l’une ni l’autre depuis longtemps. À ce titre, l’élection péquiste influencera le spectre politique et tous les partis indépendantistes, qu’on le veille ou non.

Si j’étais péquiste donc, je n’irais bien sûr pas vers PKP, qui n’a toujours pas de programme et n’a que son passif de patron-voyou et ses gaffes à répétition comme bagage. J’en avais déjà parlé ici, les choses n’ont pas beaucoup changé. L’autre candidat éliminé d’office serait Bernard Drainville, si son expérience est plus solide, il reste le ministre de la Charte et - malgré de légères distances prisent a posteriori - assume le discours le plus identitaire et excluant, un non sens menant parfois à de sinistres erreurs...

Il reste donc trois candidats : Alexandre Cloutier, Martine Ouellet et Pierre Céré. Petit tour de ce que je regarderais si j’étais péquiste…

 

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Alexandre Cloutier

Le profil : Jeune avocat (37 ans) mais avec une solide expérience derrière lui, il a été attaché parlementaire, est député depuis 2007 et a été ministre sous Pauline Marois. Au sein du PQ il incarne l’aile gauche, revendiquant fièrement le « préjugé favorable envers les travailleurs » de René Lévesque. Ne rechignant pas à parler d’indépendance il croit cependant nécessaire d’organiser un mouvement de fond pour porter le projet avant de prendre tout engagement.

Les points forts du programme :

  • Candidat marqué à gauche, c’est un anti-PKP par excellence. Il parle aux syndicats et aux étudiants sans avoir à se forcer. Les médias l’ont bien compris, qui le portent depuis le début comme son adversaire principal, le seul à passer la barre des 10% face au bulldozer selon les sondages (ce qui reste bien trop peu) ;

  • Sa jeunesse est un atout assuré, d’autant qu’il possède une solide expérience politique. Son passage au Ministère délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, à la Francophonie et à la Gouvernance souverainiste n’a pas laissé un souvenir impérissable mais pas de mauvais souvenirs non plus, lui permettant de se targuer de ce statut sans en avoir les casseroles ;

  • Il a conscience de la nécessité de muscler son programmes sur certains points et est entouré d’une équipe solide. Cela lui permet d’avancer régulièrement des positions fortes, ainsi fait-t-il désormais concurrence à Martine Ouellet sur le domaine environnemental, en se prononçant comme elle contre l’exploitation de pétrole de schiste sur l'île d'Anticosti et en défendant un vaste programme de biomasse forestière.

Ce qui joue contre lui :

  • Son statut de challenger favoris le pousse à ne pas être aussi radical qu’il pourrait l’être, à faire des discours plus polissés. Cela lui permettra peut-être de parler à plus large mais peut lui faire perdre les plus à gauche, qui se retrouveront plus chez Pierre Céré ;

  • Le statut de seul adversaire face à PKP reste une construction artificielle qui peut aussi jouer contre lui ;

  • Son choix de proposer qu’un registre reçoive un million de signatures pour l’indépendance avant de lancer tout processus référendaire à le mérite d’être clair, mais le projet est contesté par les organisateurs de 1995 - qui avaient lancé une liste de soutien et n’avait jamais atteint un tel chiffre dans un contexte autrement plus porteur - et est vu par les indépendantistes pressés comme une manière les satisfaire sans prendre aucun risque sur le sujet.

Les soutiens : Le grand jeu est de compter le nombre de députés et ex-députés à soutenir les candidats. Sur ce compte PKP est très largement vainqueur, ils sont plus d’une quinzaine à avoir franchi le pas. Alexandre Cloutier en compte moins, mais de très solides.

Il y a d’abord sa collègue Véronique Hivon, ancienne ministre en charge des Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, et notamment du très médiatique dossier sur l’aide à mourir. Grâce à ce dossier elle jouit d’une réelle popularité et, surtout, d’une notabilité auprès des électeurs et médias. Elle a également su tendre la main à Option Nationale.

Autres soutiens très médiatiques, ceux de  Léo Bureau-Blouin et François Gendron. D’un côté un ex-leader étudiant, devenu en 2012 plus jeune député de l’histoire de la Province et qui, une fois battu, a pris à 23 ans la tête des jeunes péquistes. De l’autre le député qui siège depuis le plus longtemps (il a battu le record l’an dernier), élu sans discontinuer depuis 1976, de nombreuses fois ministre et même brièvement président de l’Assemblée nationale. Pas sûr que ça donne une image de rajeunissement mais le pont générationnel fonctionne bien et a assuré à Cloutier autant une image jeune que de respectabilité.

Il bénéficie également de nombreux autres soutiens de quelques autres députés (Gaétan Lelièvre) mais surtout d’anciens élus et ministres comme Louise Beaudoin, Cécile Vermette, Louise Harel ou Serge Ménard. Bref, à ce petit jeu de comptage médiatique il est clairement  le plus riche de tous les autres outsiders.

 

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Martine Ouellet

Le profil : Seule femme en lice, relativement jeune pour la politique (45 ans), c’est une jeune politique puisqu’elle n’est élue que depuis 2012. Militante environnementaliste reconnue, c’est une des conceptrices de la Politique nationale de l'eau, elle devient Ministre des Ressources naturelles juste après son élection. On notera aussi que c’est une des rares candidates (avec PKP) de venir de l’entreprise puisqu’elle a fait toute sa carrière professionnelle comme ingénieure chez Hydro Québec. Un profil plutôt rare à la gauche du parti.

Les points forts :

  • D’abord reconnue comme militante environnementaliste, Martine Ouellet a des convictions claires sur le sujet. Opposée à l’exploitation des pétroles de schistes, défendant un meilleur contrôle des minières (qu’elle n’a pas hésité à affronter quand elle était ministre), opposée au projet d’oléoduc pétrolier, obtenant la fermeture de la centrale Gentilly-2… Elle défend par ailleurs un grand développement de l’hydro-électricité et la création d’une Société québécoise des eaux, deux sujets sur lesquels son expérience professionnelle lui donne de la crédibilité. Comme Alexandre Cloutier elle a mis un cap haut de réduction des gaz à effets de serre, mais ça semble plus naturel chez elle.

  • Elle est assurément la plus nette sur la question indépendantiste et s’est engager, en tant que cheffe du PQ, à réaliser un référendum dans la premier mandat. Cela peut aussi jouer contre elle mais a le mérite de la clarté et lui a attiré le soutien de nombreux indépendantistes.

  • Dans sa campagne, elle n’hésite pas à brandir certaines idées originales, notamment pour recentrer différentes actions au Québec. À ce titre la défense de la création de Télé-Québec, un canal de diffusion d’informations sur la province pour faire face à l’hégémonie de la TV privée fédéraliste, est un marqueur fort de cette nécessaire prise en compte du combat culturel à mener. Étonnamment, aucun autre candidat ne l’a repris.

Ce qui joue contre elle :

  • Chez Martine Ouellet c’est principalement son passé de ministre qui pose problème. En poste sous Pauline Marois elle a accepté l’exploitation du pétrole de schiste dans l'île d'Anticosti, qu’elle combat aujourd’hui. Elle a ainsi rognée une partie de sa crédibilité environnementale, elle s’en défend au titre de la solidarité gouvernementale.

  • Face à PKP il n’y a que des challenger. Considéré comme une adversaire sérieuse, elle subi cependant un vote utile des opposants en directions d’Alexandre Cloutier.

Les soutiens : Aucun député actuel ne soutien Martine Ouellet. Sans surprise elle a cependant reçu le soutien de nombreux militants indépendantistes. Ainsi Nic Payne, ancien chef d’Option Nationale, et 50 militants de ce parti, l’ont appuyé publiquement, tout comme plusieurs candidats du Bloc Québécois. Cela reste léger dans la course médiatique.

 

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Pierre Céré

Le profil : Pierre Céré, seul candidat non-élu, a toujours travaillé dans le mouvement associatif et syndical. Traducteur d’ouvrages militants, rédacteur de plusieurs textes critiques sur le PQ - notamment le virage identitaire qu’il combat vigoureusement -, il s’est fait connaître comme Coordonnateur du Comité Chômage de Montréal et porte-parole du Conseil National des Chômeurs et Chômeuses. Surprise de ce scrutin, détaché de certaines contingences propres aux politiques professionnels, nous nous étions longuement entretenu avec lui en novembre, quand sa candidature était encore incertaine.

Les points forts : C’est le challenger absolu, peu de gens avaient imaginé qu’il puisse se retrouver dans la course. À ce titre, il a déjà remporté sa partie en faisant entendre une voix originale. Ce statut lui permet d’avoir un parlé franc, libre, qui ose poser les questions qui dérangent (notamment à PKP sur Québecor) et en fait le seul candidat qui ne louvoie jamais dans ses réponses. Non-professionnel de la politique, il s’appuie sur une expérience sociale forte et à montré, en réussissant à se qualifier, qu’il était capable de mobiliser.

Ce qui joue contre lui : Jamais élu, battu sévèrement aux dernières provinciales, il n’a jamais dépassé les 2% des intentions de votes. Cela lui donne du confort pour porter des positions radicales qui font du bien mais mettent forcément de côté beaucoup de gens. Autre point compliqué, vu ses positions on a du mal à comprendre qu’il ne soit pas chez Québec Solidaire, il se défend en disant que l’indépendance n’est pas que de gauche mais tient un discours très à gauche en permanence. Pas déplaisant mais cela pose question.

Les soutiens : Outsider parmi les outsiders, Pierre Céré est souvent décrit comme n’ayant aucun soutien. C’est forcément faux puisqu’il a réussi à se qualifier. Ça l’est d’autant plus qu’il possède bien le soutien d’un élu d’importance, un député encore en poste, certes au fédéral et pas au provincial. Il s’agit de Claude Patry, transfuge du NPD passé au Bloc Québécois, ancien soudeur et syndicaliste qui rappelle « Je suis un gars qui vient de la base. J'ai travaillé dans une usine. J'ai toujours fait affaire avec des gars qui ont des problèmes de chômage. Nous avons des affinités ». Un seul soutien institutionnel certes, mais qui sonne juste.

 

Et vous, que retiendriez-vous ?

 

Crédits image : Alexandre Cloutier et Martine Ouellet via Wikicommons / Pierre Céré par Dominic Morissette, site officiel du candidat.