Juillet août est une période de vacances pour tous, y compris sur ce blog, mais cet arrêt s'est fait un peu brusquement. De mon côté, outre une semaine de vacances (pas au Québec malheureusement, mais très bien quand même), un mémoire de fin d'étude et mon boulot occupent ce temps. Mais avant le quasi-mutisme estival il me faut quand même revenir sur quelques points.

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 mario

Tout d'abord il me semble essentiel de parler de l'élection de Mario Beaulieu. Après avoir interrogé les deux candidats à la chefferie du Bloc Québécois, j'avais pris position pour Mario dans une tribune publiée sur le HuffingtonPost. Il faisait figure du challenger arrivé à la dernière minute, perturbant l'élection courue d'avance d'André Bellavance qui, selon les spécialistes, devait l'emporter avec deux tiers des voix. Il semble que le logiciel ait eu un bug puisque la majorité (pas large, mais nette) des militants s'est mobilisée pour Mario Beaulieu, qui est donc devenu le chef du Bloc Québécois.

Suite à son premier discours quelle bronca ! Des anciens chefs se sentant insultés, un député – déjà transfuge – hésitant à rester au parti (aucun des parlementaires n'avait soutenu Beaulieu), des médias en faisant des caisses et des caisses sur un chef « radical » qui ne pouvait qu'effrayer le peuple et faire disparaître le Bloc.... Que n'a-t-on pas entendu ! Tout ça parce que le nouveau chef du parti indépendantiste fédéral entend remettre l'indépendance au centre. Si c'est cela être radical les choses sont un rien curieuse... Quant au résultat électoral de tout cela, nous le verrons en 2015. Pour ma part j'ai bon espoir, sans croire à une grande vague bloquiste, qu'un groupe puisse se reconstituer autours d'une dizaine de députés. Et si ce n'est pas le cas ce sera bien dommage mais au moins la pédagogie sur l'option indépendantiste aura été remise au centre... et il sera difficile d'expliquer que la stratégie ayant menée à la déculottée de 2011 aurait pu être plus victorieuse...

Quelques temps après les choses se sont apaisées, Mario Beaulieu a des déclaration toujours aussi claires mais risquant moins d'affecter les susceptibilités, tous les députés sont restés dans le parti et les médias se sont habitués à un chef à la fois combatif et bonhomme. De fait, il suffit de voir l’impressionnante liste d'articles de presse pour constater que tout « radical » qu'il soit, l'homme intrigue. Il ne fait pas de doute que son expérience d'organisateur d'événement et de chef de nombreuses associations majeures lui ont donné l'habitude de la communication. Aujourd'hui la voix du Bloc se fait entendre sur des sujets divers, y compris internationaux comme l'a montré la crise Israélo-palestiniennes.

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 harper

On notera d'ailleurs à ce propos que le gouvernement conservateur d'Harper réussi à avoir une position encore plus délirante et aveugle que la France ! Pas de quoi se féliciter tant la position française est molle et univoque : après un soutien sans condition aux bombardements meurtriers de Gaza, le président Hollande à réagit au lancement d'une attaque terrestre illégale et condamnée par l'ONU en enjoignant Israël « d' exercer la plus grande retenue » lors de son opération... Il est certain que le début du conflit a donné une idée de la retenue du Likoud...

Il reste que le gouvernement canadien est allé encore plus loin, ne craignant pas de soutenir fermement Netanyahou et de dénoncer la violence du Hamas et des Palestiniens... Aux yeux du ministre des affaires étrangères , ils sont les premiers responsables de leurs malheurs... Une position unilatérale dramatique qui ne peut que renforcer le sentiment d'impunité d'un côté, de haine et – malheureusement – de radicalisation (réelle celle-ci) et d'antisémitisme de l'autre. Le Bloc a fait fermement entendre sa voix et rappelé le droit international et la nécessité de permettre à la Palestine de devenir une nation possédant un état juridiquement reconnu. Qu'en est-il des autres partis ?

Le NPD, opposition officielle, ne se fait pas tellement entendre. Le député Alexandre Boulerice a lancé une pétition de soutien à la paix et aux deux États, une initiative à saluer mais qui semble isolée au milieu des 98 députés. Cela ne veut pas dire que le NPD suit la ligne conservatrice, leur position est clairement édictée dans leur programme1, mais cela ne semble pas leur priorité. Les deux députés verts ont également rappelé leur ligne : rejet de toute action militaire, soutient à la voix diplomatique et soutient à la cause palestinienne tandis que les libéraux adoptent une vision intransigeante très proche des conservateurs. En effet dans un communiqué Justin Trudeau adresse ses félicitations au gouvernement israélien pour ses tentatives de cessez-le-feu (!), puis rappelle que le Hamas est une organisation terroriste qui doit être traitée comme tel et qu'il est impératif que les Palestiniens cessent leurs « tirs incessants de roquettes contre des civils. ».

Quant on sait que le fils à papa est un probable prochain premier ministre du Canada on est en droit d'avoir peur. Sans avoir aucune sympathie pour le Hamas il faut quand même rappeler que les pertes sont aujourd'hui évaluées à les 240 morts palestiniens en quelques semaines, quasi-exclusivement des civils, contre un soldat israélien décédé. Ce sont des comptes de l'ONU, pas de terroristes islamistes, et je ne parle pas des destructions et des blessés... Il y a sans doute des torts des deux côtés mais il y a dans ce conflit des puissants et des faibles, un oppresseur colon qui ne respecte pas le droit international et des oppressés parqués dans des zones où ils sont affamés et privés de libertés. Il est hallucinant qu'au nom de la complexité d'un conflit on en oublie les nuances et que l'on renverse la situation à ce point...

De quoi saluer (encore une fois) le fort juste communiqué de Québec Solidaire, rare parti provincial que j'ai vu s'exprimer à ce sujet. N'hésitant pas à parler d'« agression israélienne » et tout en condamnant les réponses armées du Hamas, ils rompent avec la langue de bois et appellent à la fin de la complaisance vis-à-vis du gouvernement Israël. Pour ce faire, le parti réclame des sanctions économiques et diplomatiques, seuls moyens de faire pression réellement sur Netanyahou et de le contraindre à négocier un réel accord de paix permettant l'émergence d'une Palestine indépendante.

[Depuis la rédaction de ce texte Option Nationale a publié un communiqué s'engageant très clairement du côté du droit international et soutenant la nation palestinienne et son droit à l'indépendance] 

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 t183

 L'universitaire québécois Alain Deneault vient de sortir un nouvel essai : Paradis fiscaux : la filière canadienne (Écosociété, 392 pages, 25 €/34 $). qui étudie la manière dont ce grand pays d'aspect « propre » cache en réalité de nombreux plans de fraudes fiscales. Il faut dire que l'exemple vient d'en haut, Londres étant une des places les plus obscures de l'Union européenne... Je n'ai pas encore lu ce livre qui a l'air passionnant, mais on peut écouter son auteur en parler de manière fort intéressante sur Médiapart, rappelant que Jaurès désignait déjà le Canada comme un lieux doux pour les investisseur au début du XXe siècle... Un livre qui est dans ma liste d'achat, pour rappeler que la politique dépasse largement les partis et les élus.

1 « Le NPD s’engage enfin à travailler avec les partenaires pour la paix en Israël et en Palestine, dans un cadre de respect pour les résolutions des Nations Unies et du droit international. Cela inclut la reconnaissance du droit des Israéliens et des Palestiniens à vivre en paix dans deux États indépendants, viables, avec des frontières négociées et acceptées. » [http://xfer.ndp.ca/2011/2011-Platform/NPD-2011-Plateforme-Fr.pdf point 6.3]

 

Crédits photos : Facebook de Mario Beraulieu / Une d'article du journal de Montréal / Couverture du livre.