Je n'ai pas pu résister à ce jeu de mot guère subtil, en plus d'être un anglicisme. Il est l'occasion pour moi de revenir sur la politique fédérales - les prochaines élections à venir étant désormais les élections générales de 2014. Si vous ne vous rappellez plus du fonctionnement de l'échelon fédérales, pas de problèmes, vous trouverez toutes les infos ici et .

Pour dire les choses simplement l'actuel Chambre des Communes (Assemblée nationale fédérale) est dominée par les conservateurs, ultra-minoritaires au Québec puisqu'ils ne sont que cinq députés sur soixante-quinze. Depuis sa fondation en 1993 le Bloc Québécois, parti indépendantiste, a toujours été celui avec le plus d'élus, de 38 députés en 2000 (deux siège de plus que les libéraux, qui les avaient pourtant largement dépassés en voix) à 54 en 1993 et 2004, allant jusqu'à former l'opposition officielle du Canada en 93 !

Jusqu'à 2011 ont était donc dans un jeu à deux entre le Bloc et le Parti Libéral, ce dernier perdant à chaque fois mais en sauvant plus ou moins bien les meubles. Les conservateurs et néo-démocrates en étaient réduits à la figuration. C'est pourtant des démocrates qu'est venue la surprise, qui pris la forme d'une gigantesque claque parfois franchement injuste (des candidats n'ayant même pas accroché une affiche, n'habitant pas au Québec ou ne faisant même pas campagne, battant des députés reconnus pour leur boulot) mais pas nécessairement infondée - l'indépendance ne venant pas et les conservateurs étant au pouvoir, les Québécois ont voulu autre chose, pouvant parvenir à une majorité au niveau fédéral, ce que le Bloc ne pourrait avoir même en obtenant tous les sièges du Québec.

Ainsi, la déferlante NPD a frappé le Québec, faisant passer leur contingent d'un député à cinquante-neuf, et faisant fondre le Bloc de quarante-neuf élus à quatre. Outre le choc, l'injustice et la démission d'un leader charismatique, le Bloc perdait aussi tout moyen et statut officiel à la Chambre, condamné à une opposition de bout de chandelle. Rude souvenir de 2011... Mais la baffe permettait au moins de se poser de vraies questions, de repenser le logiciel et de faire émerger de nouvelles figures. Une course à la chefferie opposa les députés Jean-François Fortin, Maria Mourani et l'ex-député Daniel Paillé. C'est ce dernier qui l'emporta, avec le confortable score de 61% au second tour, permettant d'entreprendre un réel travail sur des bases solides.

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Daniel Paillé, André Bellavance, Mario Beaulieu

C'est ce que fit Daniel Paillé, organisant un large tour du Québec, interrogeant les militants, les acteurs de la société civile, etc. Il a su aussi négocier l'arrivée du transfuge NPD Claude Patry dans le parti - un bon point en terme de représentation même si les transfuges sont contestables - mais rompit violemment avec Maria Mourani, excluant cette figure du Bloc pour son opposition à la Charte des valeurs. Si je regrette très fortement que le Bloc se soit aligné aussi aveuglément sur le PQ, la manière dont Maria Mourani a ensuite expliqué qu'elle devenait fédéraliste est assez incroyable.

Mais quel que soit le bilan de M. Paillé, son bilan est court car il a dû interrompre son mandat à la fin 2013, assénant un troisième coup dur au parti. La raison de son départ est fort légitime : épileptique, il mettait sa santé en danger à occuper une fonction chronophage et s'est fait imposer du repos par le corps médical. Une décision que l'on devine difficile à prendre mais qui s'imposait.

Plusieurs ont alors vu la course à la chefferie précédente se refaire – mais sans madame Mourani ni monsieur Paillé –, ce qui offrait un boulevard à Jean-François Fortin. Pourtant, ce dernier a rapidement décliné et appelé à voter pour André Bellavance, leader parlementaire du Bloc, qui s'était déclaré quelques temps auparavant. Il n'y aura donc pas de guerre fratricide dans le caucus bloquiste, les deux autres députés rejoignant aussi la candidature de leur collègue.

Seul candidat en lice, M. Bellavance a mené une campagne assez légère mais présente, ne voulant pas parasiter les élections provinciales qui se déroulait en Avril. Après la défaite, plusieurs noms de péquistes (notamment Daniel Turp et Pierre Duchesne) ont été évoqués mais ont été rapidement démentis, Bellavance restant seul en lice, et avançant donc vers une consécration automatique et sans vote. Ce qui avait le mérite d'être économique et d'éviter les déchirures, mais ne donnait pas vraiment l'image d'un parti démocratique.

Une semaine avant la fin des candidature, Mario Beaulieu, président la très ancienne Société Saint-Jean Baptiste de Montréal - une des plus grandes associations patriotiques -, s'est lancé dans la mêlée à la surprise générale. En dénonçant les propos trop "mous" d'André Bellavance, qui semblait vouloir mettre l'indépendance sous le tapis au profit de la bonne gouvernance, une stratégie que Beaulieu considère comme étant à la base de l'effondrement péquiste, il s'est donc lancé dans la course à la chefferie, tentant de réunir le millier de signatures d'adhérents nécessaires à son droit à concourir. Il a finalement réussi à les obtenir en un temps record et a été enregistré comme candidat officiel, imposant une course à la chefferie au parti.

Afin de bien comprendre quelles sont les positions de chacun des candidats, et leur programme pour le Québec, j'ai décidé de les interroger. Ils ont tous les deux acceptés sans hésiter et je publierai ces deux prochaines semaines leurs réponses à mes cinq questions, trois étant communes, deux propres à chacun. Merci à eux.

Pour aller plus loin :
- Site du Bloc Québécois
- Site de campagne d'André Bellavance
- Page facebook de campagne de Mario Beaulieu

Crédits photo : Wikimedia/Assemblée Nationale/Page Facebook de Mario Beaulieu