Relâche

Et voilà, l'Assemblée est officiellement en "relâche parlementaire". Que veut dire ce terme ? C'est assez simple, le calendrier parlementaire québécois est divisé en plusieurs temps, avec des travaux réguliers et des travaux intensif au Parlement et plusieurs fois par semaine des temps obligatoires de "Travail en circonscription" pendant lesquels ils ne peuvent être appelés à siéger, les w-e ne sont jamais siégés non plus. Si vous vous référez au calendrier parlementaire en lien ci dessus vous constaterez qu'a commencé vendredi soir une période de deux semaines de travail en circonscription, durant laquelle tout travail législatif est impossible.

Le retour au travail au Parlement se fera donc le 10 février, avec comme impératif de voter le budget déposé jeudi dernier par le ministre Marceau. Or, il est a peu près certain que le budget ne sera pas adopté, le gouvernement étant minoritaire, ce qui signifie donc une élection anticipé très rapide (environ une trentaine de jour après le rejet de budget). Tout porte à croire que Marois voulait présenter son budget avant de dissoudre l'Assemblée durant la relâche, s'évitant ainsi un vote négatif mais ayant montré son projet pour les années à venir. Actuellement, les sondages sont favorables au Parti Québécois qui, porté dans son électorat par sa pourtant contestable Charte des valeurs, pourrait y gagner une majorité absolue. 

Mais en attendant le Grand Soir, avoir fixé le budget au retour de la relâche condamne aussi tous les projets de lois préparés jusqu'ici, qui devaient pourtant passer devant l'Assemblée et - pour la plupart - auraient pu être adoptés dans le consensus. Bien sûr sur le PQ gagne les élections ils pourront voter ces lois tranquillement, mais cela reste une hypothèse (on ne sait ce qui peut arriver dans une campagne) et pendant ce temps, ceux qui attendaient certaines lois avec impatience devront encore ronger leur frein.

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La loi 52...

Parmi les plus emblématiques de ces lois, il y a la loi sur la fin de vie et "l'aide à mourir" présentée par Véronique Hivon, ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse. Plus clairement il s'agit d'une loi visant à dépasser le soin palliatif pour arriver à un certain type d'euthanasie. Bien sûr il y a tous les garde-fous nécessaires, s'il y a des réticences compréhensibles de certains élus la loi est le fruit d'un travail ancien, entamé par les libéraux voilà près de quatre ans, qui fait un relatif consensus dans la classe politique. Loi sociétale emblématique, elle est aussi très attendue, notamment par les familles de malades en fin de vie et les malades eux-même. 

Et pourtant, hier la loi n'a pas pu être adoptée. Et puisque le budget a été fixé pour le retour de la relâche elle ne le sera pas avant qu'une nouvelle Assemblée soit élue, faisant encore perdre un temps précieux à ce grand pas contre la souffrance. Le leader parlementaire péquiste Stéphane Bédard a eu beau limiter au maximum la parole de ses collègues et exhorter l'opposition a ne pas faire d'obstruction, une file continue de libéraux ont tenu à s'exprimer, rendant le planning non tenable. Le Parti Québécois a alors proposé de faire continuer la séance au delà de l'heure de clôture - il ne manquait que quelques heures -, proposition acceptée par la CAQ et Québec Solidaire mais en vain, car les libéraux refusant le bouleverser le calendrier parlementaire pour les beaux yeux du gouvernement.

L'arrière-pensée politicienne est évidente, adopter la loi 52 aurait été une victoire pour les péquistes, et qui a envie de donner une victoire à ses adversaires ? Bien sûr le PLQ ne pouvait voter contre la loi, ce qui aurait été à la fois impopulaire et contraire à la position majoritaire du parti. Alors a été fait le choix assumé de l'obstruction. Mais l'on peut comprendre que sur ce sujet sensible, sur lequel le caucus libéral a liberté de vote, beaucoup de députés souhaitent s'exprimer. C'est même assez légitime. Bien sûr le PLQ n'a pas été correct en refusant l'extension de leurs horaires, mais bon, c'est de la politique politicienne classique, que le PQ ne me fasse pas croire qu'ils ne l'ont pas vu venir.

Car au fond quelle urgence y avait-il à déposer le budget ce jour-là plutôt qu'après la relâche ? Pourquoi ne pas s'être assuré d'abord qu'il y avait assez de temps pour chaque débat avant de lancer les hostilités. Face à la confusion et à l'énervement des péquistes on se prend à les croire naïf. Bien sûr il est triste que les politiques libéraux n'aient pas joué l'intérêt général, mais en faire une surprise là... C'est pour le moins manquer de discernement.

Face à la cacophonie, les libéraux et la CAQ proposent une solution : ne pas dissoudre avant la relâche et voter le projet 52 le 10 mars, au retour de circonscription. Ce qui permettrait par le même coup de convoquer devant une commission parlementaire la Première Ministre et son mari, qui semblent tremper dans une affaire de corruption aux contours encore flous. Le concours de puérilité prend alors une allure très politique et on comprend les empressements de chacun... et que la loi 52 ne risque pas d'être adoptée.

 

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Et les autres...

Il n'y a bien sur pas que la loi sur la fin de vie, deux autres projets de loi ont été très médiatisés et rattachés à la 52 car ils ont eu lieu en même temps. Il ne s'agissait pourtant de sujets très emballants, mais de lois assez techniques et plutôt consensuelles : l'adoption du nouveau Code de procédure civile (adopté) et une loi sur le statut de l'inspecteur général de Montréal, qui elle n'a pas pu être voté. Mais si c'est lois ont été mise sous les feux de la rampe il y a bien d'autres projets qui sont passés à l'as, et n'ont même pas été déposés. En tout, ils sont vingt-sept et il y a de quoi être triste. Outre la loi 52 une loi majeure sur le prix unique du livre est repoussée, on rejette également une symbolique mais importante proclamation du Mois de l’histoire des Autochtones. On regrettera aussi une loi plus instituant une meilleur contrôle sur le registre des armes à feu ou les intéressants débats qu'auraient pu créer le projet de loi modifiant la Loi sur l’impôt minier...

Mais tout ça est désormais repoussé à plusieurs mois et on peut craindre que certaines mesures soient enterrées durant la campagne. La tête vissée dans les élections, partis et médias (se ravissant d'apprendre - qu'ô surprise - l'ex-leader étudiante Martine Desjardin a été approchée par le PQ, que tel bloquiste déchu voudrait revenir en politique...) sont obsédés par cette échéance et semblent avoir perdu de vu la gouvernance alors que le monde, lui, continue de tourner. Peu s'émeuvent non plus que le budget péquiste, parti traditionnellement progressistes, contiennent de graves coupes sociales (dont l'incarnation la plus évidente reste l'augmentation des tarifs de garderies) et que les propositions de réformes des régimes de retraites fasse hurler les syndicats.

Reste à espérer qu'une fois la campagne terminée, une majorité claire pourra se dessiner et voter les lois donc le Québec a besoin.

Crédit image : les salons bleus et rouges de l'Assemblée Nationale du Québec / wikimédia