Le 5 février, ceux qui suivent Québec Solidaire (QS) sur les réseaux sociaux ont pu tomber sur une image annonçant fièrement les huit ans de la formation. Bon, huit ans c'est un chiffre bizarre, c'est pas comme une fête décénale. Mais cet anniversaire est l'occasion de revenir sur ce parti d'une manière un peu moins "formelle" que lors de mon point institutionnel où je le présentais déjà. L'occasion de faire une chronique clairement plus engagée, plus militante, que d'ordinaire. En effet, de tous les partis québécois QS est celui qui me plaît le plus, le seul où je me reconnaisse pleinement. Ce à tel point que j'ai adhéré en soutien le 8 décembre 2008, jour de l'élection d'Amir Khadir, premier député solidaire d'une série qui ne demande qu'à s’agrandir.

Mais on peut légitimement se demander ce qui a pu me pousser, moi l'écologiste français pro-indépendance, à m'intéresser à ce parti plus qu'au PQ - traditionnel parti des souverainistes - ou au Parti Vert du Québec - affilié à la même organisation mondiale qu'Europe-Écologie Les Verts. Il y a tout un tas de raisons à cela, en voici trois.

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Un symbole d'union

A sa naissance en 2006, Québec Solidaire est la fusion d'un parti de gauche - l'Union des forces progressistes (UFP) - et d'un mouvement politique - Option Citoyenne. L'alliance est curieuse, rare dans le paysage, car Option Citoyenne ne présentait pas de candidats aux élections, il s'agissait avant tout d'un mouvement d'opinion mené par des figures féministes et altermondialiste. Ce mariage a surpris et, outre quelques tracasseries administratives, a fait douter certains observateurs promettant la mort rapide d'un attelage improbable.

Pourtant, quel meilleur symbole d'un dialogue entre le politique et la société civile ? Loin de certaines associations prête-nom, Option Citoyenne était un vrai mouvement, dynamique et comportant de nombreux membre. Cette volonté de rapprochement était donc un formidable signe pour qui désespérait du politique et de la dispersion des voix s'opposant aux dogmes libéraux.

L'alliance était d'autant plus forte que l'UFP, comme son nom l'indique, était déjà un regroupement, une grande union de militants ayant dépassé les egos pour faire naître une vraie force de gauche. Fondé en 2002, regroupant le Rassemblement pour l'alternative progressiste, le Parti de la démocratie socialiste (ex NPD-Québec) et le Parti communiste du Québec, l'UFP avait montré sa capacité à rassembler des parcours différents. Leur plateforme était déjà assez innovante et développe des mesures résolument progressistes. Parmi elles on peut noter l'interdiction de toute introduction du secteur privé dans la Santé, le revenu minimum garanti, le salaire de base à 10$ de l'heure, la semaine de 35h ou l'autodétermination des peuples autochtones - celle ci pouvant aller jusqu'à l'indépendance.

Autant de revendications que l'on retrouve aujourd'hui chez Québec Solidaire, mais avec plus de précisions et de nouvelles idées pour toujours plus de réappropriation et de justice sociale. L'intégration d'Option Citoyenne, puis de nombreux militants non-encartés jusqu'alors, a permis de muscler le projet sur de nombreux points, que ce soit sur le droit des femmes ou l'environnement - pour les domaines que je suis de près, il en a sans doute été de même dans les autres.

Ainsi, QS n'a pas été qu'un feu de paille, qu'une alliance de circonstance entre divers groupuscules, mais bien la fusion réussie de structures aux ambitions et objectifs proches qui ont décidé de se saborder pour que leur message puisse être porté plus haut. C'est un bel exemple de conviction, et la naissance d'un légitime espoir chez le peuple de gauche québécois.

 

Des militants de valeurs

Dès l'origine QS agrège, de par le rassemblement de ces entités diverses, des personnalités particulièrement intéressantes, et réputées pour leur intégrité. Outre Amir Khadir - médecin connu pour son engagement humanité, ancien porte-parole de l'Union des forces progressistes et ex-candidat du Bloc - on retrouve des militantes féministes dont la figure la plus connue est Françoise David - ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, puis porte-parole d'Option citoyenne - mais aux côtés de laquelle on retrouve aussi la militante LGBT Manon Massé ou May Chiu, juriste spécialiste de l'immigration et ex-candidate bloquiste.

Le parti accueille aussi l'écrivain Gaétan Breton, intellectuel connu pour son engagement social et son engagement auprès de l'UFP, le syndicaliste Bill Clenett - célèbre pour avoir été empoigné au coup par Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, mais aussi grand militant anticorruption - ou encore, en 2008, la jeune Audrey Boisvert, révélée lors des élections municipales de Laval ou cette écologiste s'était présentée à seulement 18 ans et avait obtenu 16%. Une candidature très médiatisée qui avait marqué la politique en cette époque. On y trouve aussi Simon Tremblay-Pépin, universitaire co-fondateur de l'IRIS, spécialiste du lien entre l'économie et les structures démocratiques, etc., etc. La liste pourrait encore être longue.

Que l'on soit d'accord, il ne s'agit pas d'une liste désincarnée, ni d'un "casting" sans âme juste fait pour attirer les électeurs. Toutes ces personnes sont arrivées dans un grand mouvement et attirées par un projet cohérent. Leur crédibilité, acquise à l'expérience du terrain, a apporté beaucoup au mouvement, non pas pour un quelconque côté "people" mais parce que tous avaient des images de conviction et d'intégrité. La politique est souvent la rencontre d'un programme et de ceux qui le portent. Ici il y avait donc l'impulsion nécessaire, des incarnations donnant confiance et un programme enthousiasmant. C'est le dernier point et le plus important, dès sa création QS s'est évertuer à donner des idées solides, à l'encontre de la doxa libérale mais argumentées et chiffrées, rénovant ainsi totalement l'offre politique et offrant...

 

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Une vision globale

Car c'est bien ce dont-il est question. Marchant sur plusieurs pieds QS se revendique à la fois indépendantiste, écologiste, pro-féministe et de gauche. Jusqu'ici le PQ avait le monopole de la chose indépendantiste, et s'ils se revendiquent plutôt progressistes, ont des élus couvrant un spectre très large du point de vue socio-économique. De la même manière le Parti Vert Québécois refuse à la fois de se prononcer sur l'indépendance comme sur un quelconque axe droite/gauche (même si leurs propositions fustigent tout de même le productivisme).

Si QS est clair sur l'indépendance comme sur l'impératif environnemental - lors de la campagne de 2008 Greenpeace avait accordé la note maximale à QS, comme au PVQ -, c'est avant tout parce que dans leur plateforme tout est lié. Refusant la facilité du non-positionnement, ils affirment que le Québec ne pourra pas s'affirmer et exister comme pays si on ne s'en réapproprie pas les ressources, si l'on noue pas un pacte respectueux avec les différentes identités représentées sur le territoire, si l'on ne dit pas sans ambiguïté que l'on doit aller à rebours du libéralisme thatchérien et des discours des "lucides", qui envoient le territoire dans le mur.

Porteur d'un projet interdépendant, QS défend l'égalité des droits, les avancées sociales, l'écologie politique comme vecteur de progrès, tout en n’abandonnant jamais la volonté de faire un pays (par référendum, une fois élus). Cette maturité est rare dans ce territoire nord-américain ou le libéralisme est triomphant et ou la joute politique est généralement figé sur la pure question du statut du Québec. Refusant la paresse intellectuelle, QS porte le "penser global" et s'inscrit ainsi en plein dans la pensée politique écologiste. A ce titre j'ai souvent tenté de défendre un partenariat entre le parti vert français et QS, sans grand succès, mon poids dans le parti étant bien mesuré. Mais je ne désespère pas qu'un jour des liens se tendent, ce qui est parfois le cas (je pense au sénateur vert André Gattolin, que je sais très sensible à l'action de QS).

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Pour toutes ces raisons, et malgré la naissance de nouveaux mouvements parfois intéressants (comme Option Nationale), cinq ans après mon adhésion je me sens pleinement à l'aise à soutenir ce parti. Il m'a toujours semblé capable de prendre du recul, de penser réellement, de ne pas se contenter d'incantation. Chaque année, de nouvelles personnalités émergent, toujours avec des idées neuves dans un monde politique plutôt sclérosé. Souvent caricaturé, QS a répondu par le fond et par l'humour (à travers ce clip de campagne ou ces capsules animées sur les clichés), développant toujours plus d'argument et d'analyse. C'est un beau parti, qui se bat pour un monde meilleur et dont on peut être fier d'être militant tant les discours semblent conforme aux actes, même une fois entrés dans les institutions... J'aimerai pouvoir en dire autant de mon parti français, pour lequel je me bas avec conviction et vigueur, mais aussi parfois dans la douleur.

 

Alors pour tout ça, merci aux solidaires et bon anniversaire !

 

 

Crédits images : Image diffusée par QS sur les réseaux sociaux / logo du parti