En attendant un nouvel entretien et deux chroniques de livres quelques petites notes en vracs sur la (riche) actualité de ces derniers jours.

Résultats des partielles

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Tout d'abord il y a les élections partielles du 9 décembre, sans grosse surprises les deux candidats libéraux ont été élu, ce que certains se sont empressé d'analyser comme un signe de grande victoire du PLQ. Une erreur à mon sens, et ce pour de nombreuses raisons.

Que l'ont soit clair, le PLQ a gagné ces élections, personne ne le conteste, mais comme je le rappellais dernièrement il s'agissait de forteresses libérales. Certes Philippe Couillard a gagné cette élections avec un meilleur score qu'en 2012 (55,11% contre 41,52%), mais le chef des libéraux avait le soutien indirect du PQ et de la CAQ, qui ne présentaient pas de candidats. À cet égard son "gonflement" est assez peu impressionant. Comme attendu les candidatures de gauche indépendantistes ont vu leur score augmenter, 32,23 % pour Québec Solidaire et 6,69% pour Option Nationale. En tirer des conclusions serai tout aussi excessif que d'imaginer une vague libérale, tant l'abstention était forte et les partielles peu représentatives, mais en tous cas les électeurs du PQ se sont bien gardés de suivre d'un bloc la consigne générale. Un déception notable est celle du Parti Vert, son jeune chef affrontait sa première élection et a récolté 3,79% dans une circonscription habitué à des scores de plus de 5%, voire à deux chiffres.

Avec presque 60% des voix sans désistement de ses adverses David Heurtel fait un score plus impressionant dans Viau, là aussi à relativiser à la vu de la participation particulièrement anémique de 17% (un score historique pas revu depuis les années 70). Il reste que le PQ est particulièrement faible, beaucoup d'arguments peuvent expliquer celà :
- Une CAQ en chute libre, on savait que le parti de Legault baisserait, là ça a été très violent et les électeurs se sont sans doutes reportés sur le candidats PLQ car...
- Le candidat PLQ était attractif, ex-proche du PQ, habitué des cabinets, homme de réseaux et de médias il avait (et a eu) la capacité d'élargir le socle libéral aux décus du PQ et de la CAQ, avec un discours d'homme ouvert et très combatif sur la charte des valeurs, sujet clivant et particulièrement dans des circos très immigrantes et ce d'autant que...
- La candidate PQ était très mauvaise, durant la campagne les médias ont révélé de nombreux posts facebook où elle attaquait frontalement Pauline Marois en l'invitant à "retourner à son jardin" et parlait du PQ comme d'un « nid à vipères » doit elle souhaitait la mort en juillet. Difficile de mobiliser ses électeurs avec une telle candidate qui a refait scandale durant la campagne en répondant "Oui, merci pour l'idée pour le prochain texte" à cette question d'internaute "doit-on inclure dans la charte le retrait du mot “Juif” de l’hôpital [général juif de Montréal] ? Interdire la circoncision ? Les papillotes de la fonction publique?"

Les deux seules infos vraiment intéressantes lors de ces élections sont l'effondrement de la CAQ dans Viau et le bon score d'Option Nationale. La candidate de la CAQ, une avocate plutôt solide et bien à l'aise avec les codes, se retrouve avec 3,39% quand son parti obtenait 12,44% en 2012 ce qui, quelles que soient les réserves à apporter vu le type de scrutin, est une énorme claque. Elle est devancée par Option Nationale, qui termine également à cette place dans Outremont, plutôt une surprise pour le jeune parti qui peut en être fier même s'il là-aussi il est difficile d'en tirer des conclusions définitives.

 

Maria Mourani retourne sa veste

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Maria Mourani était une des rares députées du Bloc Québecois à survivre à la vague orange de 2011. Elle a malgré tout été exclue du caucus du parti par Daniel Paillé il y a quelques mois, afin de la punir de son opposition au projet de Charte des valeurs et de la laïcité. Devenue indépendante, ses convictions ont été salué par plusieurs souverainistes opposés à la Charte, certains la prédisaient même futur candidate de Québec Solidaire au provincial.

Que nenni, la députée a finalement décidé de devenir fédéraliste, ni plus ni moins ! Arguant que l'actuelle Charte du Canada protégeait mieux l'identité québécoise que la Charte que préparait le PQ. Si l'ont peut s'attrister qu'une Charte excluante, rompant avec le multiculturalisme qui a fait la richesse du Québec, soit mise en avant par les indépendantistes pour des raisons électoralistes (avec effet, la communauté francophone appuyant le projet à plus de 55%), devenir subitement fédéraliste et soutenir l'option du « Québec dans le Canada uni » a de quoi surprendre, surtout venant d'une ex-candidate à la chefferie du parti indépendantiste fédéral historique !

Un changement de braquet spectaculaire qui en a laissé plus d'un pantois, et a déclenché l'ire de ses anciens camarades. Les réactions outrées sont bien compréhensibles, même si la meilleure reste à mes yeux celle de ses indépendantistes anti-Charte déclarant sombrement « Vous avez tort, Mme Mourani ! ».

Pendant ce temps, alors qu'en France le gouvernement se désolidarise d'un rapport sur l'intégration qu'il a pourtant commandé et qui condamnait la direction prise par l'argument de la laïcité utilisé à tout bout de champ pour stigmatiser les minorités, Jean-Marc Ayrault a appuyé fortement la Charte québécoise à l'occasion d'une visite européenne de Pauline Marois.

Daniel Paillé démissionne

 

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Ancien député provincial, ancien ministre de la santé, député bloquiste défait en 2011, Daniel Paillé avait ensuite remporté la course à la chefferie du Bloc Québécois. Plutôt actif et apprécié, il avait fait preuve de son autorité (et de son inféodation au PQ diront les mauvaises langues) lors de l'exclusion musclé de Maria Mourani. Le 16 décembre, il a annoncé à la surprise générale qu'il quittait ses fonctions de chef du parti.

En mauvaise santé depuis quelques temps, il s'est fait diagnostiquer épileptique à un stade sans gravité à condition qu'il mène une vie calme, ce qui n'est pas exactement la définition d'un chef de parti. Âgé de 63 ans, il va donc quitter la politique et laisse le siège vacant. On pourra s'amuser de son discours d'adieu dans lequel il déclarait « Quand on est indépendantiste, on l'est pour toujours », paroles faisant un drôle d'écho avec le revirement de Mme Mourani.

Un chef intérimaire sera nommé en janvier en attendant une prochaine course à la chefferie. Gilles Duceppe, ex-chef du parti, a été un temps invoqué mais a définitivement fermé la porte. C'est finalement l'ex-premier ministre péquiste Bernard Landry qui semble le candidat le plus probable et le plus consensuel, même si à 76 ans il lui sera difficile d'incarner la nouveauté. 

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Il n'y aura pas de notes durant la période des fêtes, mais de fort belles choses sont programmées pourla suite, merci pour votre compréhension !

Photo extraites de wikimédia à l'exception de celle de David Heurtel © Martin Chamberland / La Presse.